Une histoire croisée de l’engagement critique après 1945

Recherche thématique organisée dans les collections des Archives de la critique d'art, dans le cadre du séminaire « Histoire de l’art contemporain », avec la participation des étudiant.e.s en deuxième année du Master Recherche (parcours « Histoire et critique des arts » et « Histoire, théorie et critique de l'architecture ») de l’université Rennes 2. Responsable : Antje Kramer-Mallordy.

En partant de l’amitié qui a lié Michel Ragon et Pierre Restany, deux figures incontournables du champ critique du XXe siècle, le séminaire est l’occasion de lier les fils de deux carrières intellectuelles que ce soit sur le plan de leurs objets et passions (l’art moderne, les avant-gardes, l’architecture), de leurs modes d’actions (publications, manifestations, voyages etc.) ou de leurs réseaux. Baliser, par le biais de l’amitié, une histoire croisée de la critique engagée qui a été façonnée par une nouvelle génération de critiques qui se sont imposés dans les années 1950 et 1960. On sera particulièrement attentif aux motifs de l’ethos de l’engagement intellectuel tels qu’ils transparaissent dans les sources primaires.
Destruction, démolition, environnement (1). Le séminaire abordera la thématique de la destruction, et celle, voisine, de la démolition, notamment à partir d’exemples d’aménagement urbain de la seconde moitié du XXe siècle. Il s’attachera particulièrement aux représentations de ces destructions (photographie, film, discours des aménageurs – urbanistes, architectes, politiques – et critique architecturale). Ces phénomènes et leurs représentations seront mis en regard de la patrimonialisation des centres urbains et de la préoccupation montante, dans la seconde moitié du XXe siècle, de la notion d’environnement.
Destinées à présenter les divers métiers du champ de l’histoire de l’art, les séances de ce cours, mutualisées entre les parcours HCA, MAE et MAGEMI, verront chacune l’intervention d’un professionnel du monde de l’art (enseignante-chercheuse, conservateur de musée, critique d’art, marchand, enseignant en école d’art, commissaire d’exposition, éditrice).
Prolongeant les travaux du semestre 9, ces séances ont pour objectif d’accompagner la conception et la rédaction des mémoires de recherche dédiés à l’époque contemporaine (XIXe-XXIe siècle). À travers des textes et des exemples partagés, elles seront l’occasion de revisiter les outils méthodologiques, de réfléchir à l’usage des sources, de s’inscrire dans une discussion théorique, et de manière plus globale, d’intégrer l’écriture de l’histoire de l’art.
Si vous souhaitez consulter votre copie,
merci de prendre rendez-vous par mail:
antje.kramer@univ-rennes2.fr


Descriptif du cours :
À travers des études de cas de critiques et d’historiens d’art ayant également œuvré comme critiques, ce cours se concentre sur les relations complexes qui se sont tissées entre critique d’art et histoire de l’art au XXe siècle. Il s’agit de déterminer ainsi des passerelles et limites entre ces deux champs voisins, entre leurs méthodes et modèles de pensée, afin de dégager le périmètre fluctuant de la critique d’art et des « intentions » critiques sous l’angle de certains processus d’historisation de la création internationale. L’objectif est de cerner une histoire de la critique d’art en actes, donnant à voir les interactions, les stratégies, voire les failles, pour forger l’histoire à l’aune des expériences contemporaines.

Bibliographie indicative :
L. Corbel et A. Lontrade (dir.), La Critique : art et pratique, Toulouse, Presses universitaires du Midi, 2015 ;
A. Dresdner, La Genèse de la critique d’art dans le contexte historique de la vie culturelle, Paris, ENSBA, 2005 [1915 pour l’édition originale en langue allemande] ;
P.-H. Frangne et J.-M. Poinsot (dir.), L’Invention de la critique d’art, actes de colloque, Rennes, PUR, 2002 ;
T. W. Gaehtgens, M. Arnoux et F. Kitschen (dir.), Perspectives croisées. La critique d’art franco-allemande 1870-1945, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2009 ;
T. Kirchner, A. Kramer-Mallordy et M. Schieder (dir.), « Réalité autre, mais réalité quand même ». Hans Hartung et l’abstraction, Dijon, Les presses du réel, 2020. R. Leeman, Le Critique, l’art et l’histoire. De Michel Ragon à Jean Clair, Rennes, PUR, 2010 ;
R. Leeman (dir.), Le Demi-Siècle de Pierre Restany, Paris, INHA, éditions des Cendres, 2009.
R. Tio Bellido (dir.), Histoires des 50 ans de l’Association internationale des critiques d’art/AICA, ouvrage trilingue français-anglais-espagnol, Paris, Aica press, 2002 ;
L. Venturi, Histoire de la critique d’art, Paris, Flammarion, 1969 [1936 pour l’édition originale en langue anglaise].




Si l’histoire de l’art interroge de longue date les objets dits « exotiques » intégrés aux mondes de l’art européens, elle questionne peu la circulation et l’adoption de sa matérialité par d’autres sociétés. Les exemples sont pourtant nombreux et, au-delà de l’Europe, illustrent la richesse et la complexité des circulations matérielles et culturelles à travers le monde moderne. Depuis quelques années et dans le sillage de l’histoire (Subrahmanyam S.), l’histoire de l’art tend à se penser depuis une perspective connectée et engage ainsi un dialogue avec les scènes d’Afrique, d’Asie et d’Amériques. Plus encore, les histoires de ces scènes longtemps marginalisées court-circuitent l’européocentrisme de la discipline (Schultz V., Zaugg R.). A partir de l’analyse de cas, de textes et d’expositions, ce séminaire entend analyser ce courant historiographique pour permettre de se familiariser avec les outils qu’il mobilise. Nous nous interrogerons également sur ce que cette approche fait à la discipline, de par le monde.
La bibliographie et les textes seront déposés sur cursus au début du semestre.
Des imaginaires sociaux des « périphéries » dans l’art, aujourd'hui en France.

En France, les territoires ruraux et péri-urbains sont au cœur d’enjeux politiques, sociaux et environnementaux de première importance. L’analyse des évolutions militantes, électorales et partisanes des dernières années le manifeste. Au sentiment de déclassement ou à des dynamiques de repli identitaire le disputent des mutations socio-culturelles sensibles à des manières renouvelées de vivre, de cultiver, de penser dans une écologie appréhendée de façon élargie. Dans ce cadre complexe et souvent conflictuel, des imaginaires s’esquissent, in situ et à distance, dans des pratiques artistiques collectives ou individuelles. Du champ de la représentation (vidéo, photographie, dessin, peinture, sculpture, installation) à celui de la performance et de l’action collective, le séminaire explorera différentes œuvres et manières de faire (Michel de Certeau) qui, au-delà d’une image misérabiliste ou traditionnelle des « périphéries », attestent une invention qui incite au dépassement de clivages traditionnels.
Ce séminaire abordera la question des rapports entre la production d'images et les phénomènes de célébrité en Europe aux XVIIe et XVIIIe siècles. Il s'intéressera aux portraits – peints, sculptés ou gravés – de personnalités qui ont pu peupler les imaginaires en raison de leur lien avec une actualité éphémère, des anecdotes qu'elles ont suscitées ou plus largement de leur appartenance à un univers susceptible de faire parler et de générer l’intérêt, l’envie, le rire ou la moquerie. Les rapports entre bavardage, rumeurs, scandales et production d'effigies seront au cœur des réflexions. Il s'agira d'étudier la façon dont les arts participent, dans le contexte d’émergence des sociétés de consommation, à la fabrication des « figures publiques » en interrogeant tant les moyens mis en œuvre par différents acteurs dans différents territoires pour leur conférer une apparence que la façon dont celle-ci a pu être reçue, commentée et transformée. La place des images dans le culte des célébrités et la mémoire qui leur est associée seront abordées, de même que l'articulation de leur production avec le banal, l’ordinaire, le superficiel et l’insignifiant.

Bibliographie indicative : Baker M., Fame and Friendship: Pope, Roubiliac and the Portrait Bust in Eighteenth-Century Britain, Londres, Paul Holberton Publishing, 2014 ; Darnton R., Le diable dans un bénitier : l’art de la calomnie en France : 1650-1800, Paris, Gallimard, 2010 ; Hammond N., Gossip, sexuality and scandal in France (1610-1715), Oxford, P. Lang, 2011 ; Kerr H., Walker C. (éd.), Fama and her sisters: gossip and rumour in early modern Europe, Turnhout, Brepols, 2015 ; Lilti A., Figures publiques : l’invention de la célébrité : 1750-1850, Paris, Fayard, 2014 ; Vérilhac Y., Sensationnalisme. Enquête sur le bavardage médiatique, Paris, Amsterdam, 2024.